Le 22 janvier 2025, le président Bassirou Diomaye Faye chargeait le Premier ministre de tenir un Conseil interministériel sur le tourisme. Huit mois plus tard, ce conseil n'a toujours pas eu lieu. Cette inertie devient insupportable pour un secteur qui suffoque.

Une urgence annoncée mais jamais concrétisée

Tout commence dans la nuit du 18 janvier 2025. Le braquage du Riu Baobab marque une escalade de la violence dans nos stations balnéaires. La réaction présidentielle ne se fait pas attendre. Quatre jours plus tard, en Conseil des ministres, le chef de l'Etat demande au Premier ministre d'organiser dans les prochains jours un Conseil interministériel sur le tourisme. L'urgence est claire, la volonté affichée.

Mais les semaines passent, puis les mois. Le 2 avril, face à l'absence d'amélioration de la sécurité touristique, le président rappelle la nécessité de tenir ce conseil. Il insiste à nouveau sur la prise en charge globale de la problématique. Le 11 juin, rebelote. Le président évoque encore l'urgence de cette réunion interministérielle. A chaque fois, le mot urgence revient. A chaque fois, rien ne suit.

Un secteur qui souffre pendant que le gouvernement tarde

Alors que les demandes répétées du président restent sans effet, la réalité du terrain empire. Les braquages à main armée continuent dans les zones touristiques. Les professionnels du secteur voient leurs établissements visés, leurs clients effrayés, leur activité menacée. La police touristique qu'on nous promet de renforcer reste insuffisante. Le commissariat spécial chargé du tourisme annoncé en avril attend toujours sa création effective.

Plus inquiétant encore, des mesures annoncées en novembre 2024 pour relancer le secteur ressemblent étrangement aux recettes du passé. On nous parle de redynamiser les organismes de promotion, de restructurer le crédit hôtelier. On évoque même l'organisation annuelle d'un grand salon international du tourisme au Sénégal. Des solutions déjà tentées, déjà échouées. Et pendant qu'on recycle ces vieilles formules, les touristes choisissent d'autres destinations, les emplois disparaissent.

Un paradoxe frappant

Ce qui frappe le plus dans cette affaire, c'est l'attitude du président lui-même. En août 2025, il prend cinq jours de vacances à Toubacouta, dans le delta du Saloum. Un geste fort pour promouvoir le tourisme domestique. Il marche avec les lions de Fathala, rencontre les femmes ostréicultrices de Némaba, replante la mangrove. Il montre l'exemple, prouve qu'on peut faire du tourisme au Sénégal, valoriser nos territoires et nos savoir-faire.

Comment comprendre alors ce décalage entre l'engagement personnel du président et l'immobilisme gouvernemental ? D'un côté, un chef d'Etat qui comprend les enjeux, qui donne des directives claires, qui répète l'urgence d'agir. De l'autre, un appareil gouvernemental qui ne bouge pas, qui laisse traîner, qui temporise sans cesse.

Les vraies questions qui dérangent

Huit mois après la première directive, il faut poser les questions qui fâchent. Qui bloque la tenue de ce Conseil interministériel ? Le Premier ministre a reçu des instructions claires et répétées. Pourquoi ne les exécute-t-il pas ? Les ministres concernés ont-ils vraiment envie de se mettre autour d'une table pour trouver des solutions ?

Plus fondamentalement, le tourisme constitue-t-il vraiment une priorité pour ce gouvernement ? On nous dit que c'est un secteur moteur de croissance et de création d'emplois. Les mots sont là, répétés régulièrement en conseil des ministres. Mais où sont les actes ? Comment expliquer qu'une réunion jugée urgente en janvier ne soit toujours pas tenue en septembre ?

Le secteur n'en peut plus

Les professionnels du tourisme sont à bout de souffle, confrontés à de sérieuses difficultés qui menacent leurs investissements, forcent la réduction des effectifs et paralysent tout projet d'expansion. Les communautés locales dépendantes du tourisme, telles que celles visitées par le président à Toubacouta, endurent les conséquences directes de cette paralysie avec des pertes économiques, du chômage et un avenir incertain pour les jeunes qui misaient sur ce secteur pour s'y insérer professionnellement. Face à cette dégradation, il est évident que le ministère du Tourisme, dans sa configuration actuelle, démontre une incapacité flagrante à gérer seul les défis multiples, qu'il s'agisse de la sécurité défaillante, de la promotion inefficace ou de l'absence de stratégies adaptées pour attirer les flux touristiques.

C'est précisément ici que la tenue immédiate d'un Conseil interministériel s'impose comme le strict minimum pour inverser la tendance et prouver que le tourisme est encore une priorité nationale. Il s'agit véritablement d'une instance essentielle pour réunir les ministères impliqués (Intérieur, Finances, Transports, Environnement, entre autres) et acteurs du secteur privé. Cette collaboration permettrait d'élaborer enfin un plan de relance du tourisme cohérent et de prioriser les mesures les plus urgentes. Sans cette mobilisation, les problèmes accumulés ne feront que s'aggraver.