Depuis juin 2024 avec l'arrivée de la nouvelle direction, l'Agence Sénégalaise de Promotion Touristique (ASPT) multiplie les initiatives. Participation au World Travel Market de Londres après six ans d'absence, présence à des salons comme l'IFTM Top Resa de Paris et le TTG Incontri de Rimini en Italie, organisation du SATOLIC en novembre 2024, préparation du Salon des Marchés Touristiques Africains prévu en décembre 2025. L'agence a accueilli des eductours avec des tour-opérateurs belges du réseau Digitrip et des représentants du géant italien Alpitour. Elle a signé des conventions de partenariat, animé des panels thématiques, installé des stands lors de festivals. Cette succession d'événements témoigne d'une frénésie promotionnelle.

Pourtant, le tourisme sénégalais continue de s'enfoncer. Le nombre de touristes chute, l'inquiétude gagne les professionnels, les structures d'accueil connaissent des taux de remplissage désastreux. Les annonces de cession d'établissements s'enchaînent depuis plusieurs mois.

Ce décalage entre l'activisme de l'ASPT et la réalité du terrain pose une question fondamentale. L'agence ne se trompe-t-elle pas de combat en misant tout sur la visibilité ? Cette analyse soutient que l'ASPT fonde sa stratégie sur un postulat erroné. Elle considère que le déficit de notoriété constitue le principal obstacle au développement touristique du Sénégal. Cette erreur de diagnostic condamne ses efforts à l'inefficacité et réduit chaque événement promotionnel à une dépense sans retour.

Pendant que l'agence concentre ses efforts sur la communication, les problèmes de fond qui repoussent les touristes restent intacts. L'insalubrité envahit les sites touristiques, les plages et les villes. Le harcèlement commence dès l'aéroport et accompagne les visiteurs tout au long de leur séjour avec les sollicitations incessantes des vendeurs ambulants, des "antiquaires", des rabatteurs et des mendiants. Le coût des billets d'avion et des prestations place le Sénégal parmi les destinations les plus chères de la région pour une qualité de service souvent médiocre. L'érosion côtière fait disparaître les plages qui constituaient l'attrait principal de nombreuses localités côtières. L'insécurité inquiète dans certaines zones. L'offre touristique peine à se diversifier. Les sites et infrastructures touristiques se dégradent faute d’entretien. Les établissements touristiques, qui collectent auprès de leurs clients la taxe de promotion touristique destinée au Fonds de Promotion Touristique géré par l'ASPT, peuvent légitimement s'interroger sur l’usage réel de ces ressources.

Cette réflexion examine d'abord les fondements de cette stratégie vouée à l'échec. Elle décortique ensuite la mécanique d'un système qui privilégie l'apparence au détriment du fond, où les annonces spectaculaires masquent l'absence de résultats concrets. L'analyse se penche longuement sur ce que l'ASPT devrait faire pour sortir d'une logique uniquement événementielle et assumer pleinement toutes les missions fixées par son décret fondateur. Développer des produits touristiques commercialisables, travailler la qualité des prestations, sensibiliser les populations, stimuler le tourisme interne, créer des synergies entre acteurs publics et privés. Ces chantiers moins médiatiques produiraient des effets durables sur l'attractivité réelle de la destination. Le texte montre comment d'autres pays africains, Rwanda en tête, ont réussi leur transformation en suivant cette approche. Ce pays sortait d'un génocide et a choisi de travailler d'abord la sécurité, la propreté, la formation et la qualité des services avant de lancer des campagnes promotionnelles d'envergure en partenariat avec de grands clubs de football européens comme le Paris Saint-Germain, Arsenal et le Bayern Munich. Le Rwanda s'est en outre distingué en adoptant une stratégie touristique claire axée sur le tourisme haut de gamme et la conservation des gorilles de montagne, un positionnement fort qui lui a permis de se différencier, de maîtriser son développement et de maximiser la valeur ajoutée par visiteur. Ce détour comparatif met en évidence une méthode qui a porté ses fruits, avec une contribution élevée du tourisme au produit intérieur brut et une forte progression des recettes.

L'agence dispose des missions et des moyens pour contribuer au développement du tourisme sénégalais. Mais cela suppose d'accepter de regarder la réalité en face. Le Sénégal ne souffre pas d'un déficit de notoriété. Il souffre d'un produit touristique dégradé que les meilleures campagnes de communication ne peuvent pas masquer.

Parcourir cet article jusqu'au bout permettra de comprendre pourquoi continuer dans la voie actuelle mène à l'impasse et comment une réorientation stratégique pourrait encore sauver un secteur à l'agonie.

I. Le postulat erroné de l'ASPT

A. Une stratégie entièrement tournée vers la communication
B. Une hypothèse qui ne résiste pas à l'examen
C. Ce que dit la logique du marketing touristique

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II. L'art de décorer une façade pendant que la maison s'effondre

A. L'inventaire des vitrines sans contenu
B. Le précédent du TICAA
C. Les problèmes de fond que l'agence évite

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III. Un Fonds de Promotion Touristique pour des résultats fantômes

A. Le mécanisme de la taxe de promotion touristique
B. L'absence totale de mesure d'impact

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IV. Le contre-exemple rwandais

A. Du traumatisme au succès touristique
B. La méthode rwandaise
C. La leçon pour le Sénégal

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V. Ce que l'ASPT devrait faire

A. Assumer des missions qui vont bien au-delà de la promotion

  1. Développer les produits touristiques
  2. Améliorer la qualité des prestations
  3. Sensibiliser les populations aux enjeux du tourisme

B. Stimuler le tourisme interne
C. Créer des synergies entre acteurs publics et privés
D. Comprendre que la promotion a son moment

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L'ASPT se trompe de combat

En misant tout sur la visibilité, l'agence ignore les vrais freins au développement touristique et gaspille les ressources du Fonds de Promotion Touristique. Les salons se succèdent, les annonces s'accumulent, les partenariats se signent, mais la fréquentation continue de baisser et les hôtels peinent à se remplir. Ce décalage persistant entre l'activisme promotionnel et les résultats sur le terrain devrait alerter.

Le problème est une erreur stratégique qu'il est encore possible de corriger. L'agence dispose des missions et des moyens pour contribuer au développement du tourisme sénégalais. Mais cela suppose d'accepter de regarder la réalité en face. Le Sénégal ne souffre pas d'un déficit de notoriété. Il souffre d'un produit touristique dégradé que les meilleures campagnes de communication ne peuvent pas masquer.

Le Rwanda a montré la voie. Travailler le produit d'abord, promouvoir ensuite. Cette séquence n'a rien de révolutionnaire. Elle relève du bon sens et des fondamentaux du marketing touristique. L'ASPT a le choix. Continuer dans la fuite en avant événementielle qui épuise les ressources sans produire de résultats. Ou bien réorienter son action vers le travail de fond qui permettra, à terme, de promouvoir une destination dont les Sénégalais et les visiteurs pourront être fiers.